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Dernière mise à jour : ( 19-08-2008 )



PRESSE: Emploi - Cet homme veut faire de vous un patron

Interview - Le président de l'Agence nationale des services à la personne revient pour LCI.fr sur ce dossier prioritaire du gouvernement.
"L'objectif chiffré du plan c'est de doubler le rythme des créations, de passer de 60.000 à 120.000 emplois", explique Laurent Hénard.

Il définit son agence comme "le bras armé" des services à la personne en France. Laurent Hénard, député radical proche de Jean-Louis Borloo, s'est vu confier la présidence de l'Agence nationale chargée de leur développement.

Son objectif est simple : il doit doubler la croissance de ces emplois de soutien scolaire, garde d'enfants, entretien, jardinage ou auxiliaire de vie au service des foyers français. Les attentes politiques sont énormes : le gouvernement veut les voir prendre le relais des créations d'emplois dans les autres secteurs pour poursuivre la baisse du chômage, un des rares indicateurs au vert dans un contexte économique difficile.
 
En pleine polémique sur l'impact réel du plan du gouvernement, Laurent Hénard en défend les effets. Créations d'emplois, salaires, travail au noir et déductions fiscales, il répond aux questions de LCI.fr.
 
LCI.fr : Le Parisien en faisait sa Une il y a peu : selon les chiffres d'une étude de l'OFCE, les services à la personne ne décollent pas. Cela semble contradictoire avec vos propres données...
 
Laurent Hénard, président de l'Agence nationale des services à la personne : L'étude porte sur une période de deux ans antérieure à notre plan, qui a été mis en oeuvre au premier semestre 2006. On a présenté par exemple le Chèque Emploi Service en mars de cette année là, et il n'est devenu payable aux guichets de banques qu'en juin. Cette étude provient d'un chercheur seul qui publie une page sur internet. Je peux comprendre que la rigueur ne soit pas au rendez-vous....
 
LCI.fr : Qu'en est-il alors des 500.000 emplois promis par Jean-Louis Borloo ?
 
L. H. : C'est en réalité la presse qui a déduit ce chiffre à partir des explications de Jean-Louis Borloo. L'objectif chiffré du plan c'est de doubler le rythme des créations, de passer de 60.000 à 120.000 emplois, ce qui, en quatre ans, fait bien 500.000. A ce terme, on ne devrait pas en être loin mais notre objectif n'est pas que quantitatif, nous travaillons sur la qualité des emplois, par exemple, pour que le temps partiel soit choisi et non pas subi. Certains nous disent : "Je ne veux pas travailler à temps complet". Pour les autres, nous voulons élever la durée du contrat de travail. C'est pour cette raison que nous avons donné une convention collective à ces emplois, pour les valoriser, valider leurs acquis, et leur donner droit à des formations.
 
LCI.fr : Ces emplois ont toujours la réputation d'être mal payés, le contestez-vous ?
 
L. H. : Cela paye au moins au niveau du SMIC, et même un peu plus. Comme partout, cela dépend des métiers et du niveau de compétence que vous avez.
 
LCI.fr : Cela reste faible rapporté au salaire moyen...
 
L. H. : Je n'en suis pas sur. Quand vous regardez l'ensemble de la société française, la part des personnes rémunérées au SMIC s'est considérablement accrue. Avant les 35 heures, 6% étaient rémunérés au niveau du  SMIC, aujourd'hui, on atteint les 20%.
 
LCI.fr : Ce ne sont donc pas les services à la personne mais les Français en général qui sont mal payés !
 
L. H. : C'est vrai. Il y a un problème de modération des salaires dans le pays facilement compréhensible : vous ne pouvez pas expliquer aux entreprises que vous augmentez la masse salariale de 12% sans augmenter le temps de travail. On a été obligé de récupérer les augmentations artificielles des lois Aubry car au lieu d'augmenter les salaires, on a augmenté le temps libre.
 
LCI.fr : Y a-t-il suffisament d'emplois offerts ?
 
L. H. : Oui, l'offre est là. Dans les grandes villes, il peut en revanche y avoir un problème de délai. Je vous donne un exemple : en septembre, tout le monde est plein de bonnes résolutions, on veut faire un grand nettoyage, les enfants commencent l'école, on veut leur faire prendre des cours particuliers... Il y a une saisonnalité des services à la personne, septembre-octobre, janvier-février, l'approche de l'été... Il faut donc parfois  patienter mais nous travaillons avec l'ANPE pour être le plus réactif possible.
 
LCI.fr : L'outil phare des services à la personne, c'est le Chèque Emploi Service Universel ou "CESU". Quel est l'intérêt du dispositif?
 
L. H. : C'est avant tout un outil de simplification. Cela remplace les fiches de paye, vos déclarations Urssaf, et vos déclarations de données sociales.
 
LCI.fr : Cela reste pourtant plus compliqué qu'une relation informelle... Vous savez bien que l'essentiel de ces services s'effectue encore au noir, c'est-à-dire hors du cadre légal. Prenons un exemple. Si je paye ma voisine trois heures par semaine pour du repassage, qu'est-ce qui va me pousser à passer au Chèque Emploi Service?
 
L. H. : Vous y avez intérêt pour trois raisons. D'abord, si il y a un accident, vous n'êtes pas couvert en tant qu'employeur, elle doit être prise en charge et vous serez mis en cause sans avoir d'assurance. Deuxièmement, pour votre voisine, ce sont des années où elle n'accumule pas de droit à retraite, à chômage, elle n'a pas non plus de couverture maladie ou maternité. Avec le CESU, tout cela lui est donné. Troisièmement, vous vous privez d'un avantage fiscal qui est de pouvoir déduire 50% de votre impôt sur le revenu, et si vous n'êtes pas imposable, vous avez un crédit d'impôt. Vous vous faites rembourser par l'Etat jusqu'à 6.000 euros sur 12.000 euros de salaires payés. Et pour les personnes âgées ou celles qui ont des problèmes d'autonomie, il y a des aides directes.
 
LCI.fr : Les entreprises peinent encore à subventionner les chèques comme vous leur demandez. Qu'est-ce qui bloque ?
 
L. H. : Comme avec le ticket restaurant, c'est un changement culturel. Lors de sa création, il y a 40 ans, personne n'en avait entendu parler. Il faut faire passer le message que les services à la personne concernent tout le monde, c'est l'objectif de la campagne de communication que nous menons auprès du grand public.  Il faut aussi faire comprendre aux employeurs qu'en donnant du pouvoir d'achat de service à son employé, cela lui permettra de mieux équilibrer sa vie au travail et sa vie à la maison. Il y a déjà 50 000 employeurs privés et publics qui payent une partie des chèques.
 
LCI.fr : Vous venez de remettre des prix à des étudiants dans le cadre du concours "Dessine moi un service" qui leur propose d'imaginer les services à la personne de demain. Y a-t-il une initiative qui vous a marqué en particulier ?
 
L. H. : Cette idée du développement durable qui arrive à domicile grâce aux services à la personne est particulièrement intéressante. Après tout, on a des gens qui vont jardiner, faire le ménage, le repassage, cuisiner et l'on sait qu'il y a dans ce cadre des gestes responsables et écologiques à apprendre. Ça peut être l'occasion de les former pour faire rentrer le tri sélectif dans les foyers, choisir des produits verts plutôt que polluants... Je pense aussi au service artistique à domicile. Ça peut faire sourire mais lorsque vous êtes malade ou âgé avec un problème de mobilité, que quelqu'un vienne vous faire la lecture, qu'un artiste vienne vous faire vivre le livre, c'est une belle idée... Aujourd'hui, cela n'est pas encore possible, mais pourquoi pas ? On y réfléchit...

Source : LCI.fr - Olivier LEVARD - le 05/06/2008

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